Association du patrimoine artistique asbl

Le professeur Paul Philippot est décédé

Nous avions vingt ans. La volonté de connaître, mais aussi la passion de comprendre. Les professeurs nous apprenaient bien des choses. Mais lui seul arrivait à nous mener plus loin dans l'acuité du regard et la capacité à interpréter. Il savait voir, mais aussi, il savait dire ce qu'il y avait à voir. Avec quelle grâce, avec quelle attention aux choses, avec quel amour de la vie.

Comme aucun autre, il savait mettre les formes de chaque époque en résonnance avec les préoccupations religieuses et philosophiques du temps.

A la faculté, entre les tièdes et les mordus, les passionnés des cours de Paul Philippot faisaient la différence. Au début, il venait de Rome, groupant ses cours autour d'un week-end. Dans le peu de temps qu'il avait, je m'arrangeais pour le rencontrer et lui soumettre les énigmes esthétiques qui me tracassaient.

Tout l'intéressait. C'était un spécialiste des problèmes de restauration et des Primitifs flamands, mais sa curiosité était piquée par presque tous les sujets, hormis la porcelaine je crois. Il pouvait nous écouter avec patience, nous conseiller sans nous écraser de son immense érudition, et nous accompagner dans nous projets.

Grâce à lui, j'ai compris qu'on ne pouvait pas écrire sans théorie ou si vous préférez sans avoir complètement éclairci ce que l'on veut dire, sans savoir pourquoi on l'écrit.

Bien d'autres, comme moi, on eu la chance d'être guidés par lui dans leurs études, ont trouvé leur chemin grâce à ses conseils et sont restés en contact avec lui après les études. Nous avons formé le petit groupe de ses anciens étudiants et mieux connu l'homme privé.

Il ne se départissait jamais de sa timidité et de sa pudeur, et je m'aperçus que c'est en chaire qu'il se lâchait le plus, se donnant complètement et exprimant avec le plus d'intensité de ses émotions. C'était vrai aussi lorsqu'il s'exprimait en italien.

La fréquentation de l'Italie avait cepedant augmenté son sens naturel de la diplomatie et de la réserve. Je ne l'ai jamais entendu médire de quiconque, il se contentait de ne rien dire. Cette parfaite maîtrise de soi était admirable et faisait son autorité.

En lui rendant visite à Chiny, je découvris qu'il pouvait aussi être bûcheron et combien il aimait la nature. C'est là sans doute que se trouvait clef de cette sensibilité si intense, de cette capacité hors du commun à ressentir. Chez lui l'enthousiasme du jeune homme de vingt ans, romantique, ardent et idéaliste, était demeuré intact.

Sans doute est-ce pour cela qu'il savait si bien nous écouter et nous encourager dans nos projets.

Il est mort en s'endormant comme il a vécu, dans le rêve de la beauté.

Pierre Loze